Browsing the blog archives for mai, 2009

Le nuage et la souveraineté

1 Commentaire
chronique

nuagePour une fois qu’en parlant de souveraineté, on pense à l’ensemble du Canada sans distinction entre les provinces et les territoires, l’occasion est trop belle pour choisir un titre accrocheur et je n’ai pas pu m’en empêcher. Bon, votre curiosité est piquée, c’est bien, nous pouvons commencer.

C’est quoi le “Cloud computing”?

Tout d’abord, qu’est-ce que le “cloud computing”? Il s’agit en fait d’un concept pas si nouveau que ça autour duquel Sun Microsystems a basé son marketing depuis le milieu des années 80: “The network is the computer”. Le slogan était accrocheur, parce qu’il faisait référence à un concept un peu vague où il serait éventuellement de plus en plus difficile d’identifier à quel endroit se trouve le noyau du traitement informatique. On était habitué à des systèmes centraux avec une multitude de terminaux et on changeait tout-à-coup de paradigme en exploitant plutôt un réseau de systèmes plus petits soit mais travaillant ensemble de manière coordonnée. Un peu comme un nuage d’oiseaux volant en formation serrée, où il est difficile de savoir quel est l’individu qui mène le groupe: on a plutôt l’impression que la direction prise par la formation en est une de groupe.

Internet a permis d’étendre le “réseau” à l’ensemble de la planète. Dans nos diagrammes d’architecture de systèmes, nous utilisons maintenant un nuage pour représenter l’Internet, c’est joli, simple et suffisamment vague pour faire comprendre à la personne qui le consulte que c’est un univers difficile à saisir, polymorphe et imprévisible. Lorsqu’on virtualise nos systèmes de traitement au point où on ne sait même plus à quel endroit du monde ils se matérialisent, on exploite le nuage, de là la terminologie “cloud computing”. Le meilleur exemple de ce genre de service est le portefeuille de services Web offerts par Amazon où on peut instancier un ordinateur virtuel ou réserver un espace de stockage (voir Amazon Web Services). Google aussi est actif dans ce genre de services avec son service Google Apps qui héberge des portefeuilles applicatifs complets comprenant les logiciels et les données. Lors de la conférence Géodiffusion 2009 qui a eu lieu il y a 2 semaines, M. Scott Goodhew de Google donnait en exemple l’administration du District of Columbia (Washington, DC) qui a transféré à Google Apps une portion significative de ses environnements bureautiques (voir le vidéo You-Tube à ce sujet, en anglais cependant).

J’ai été appelé à analyser ce genre de solutions dans quelques-uns de mes récents mandats puisqu’il y a souvent un intérêt à utiliser des services d’hébergement externe dans plusieurs cas de nouvelles implantations de systèmes géospatiaux. Il faut dire qu’on doit quelquefois constituer des entrepôts de données de plusieurs téra-octets, destinés à héberger des collections importantes d’images numériques (photos aériennes et imagerie satellitaire). L’alternative que présente alors un service de stockage externe où l’amortissement en capital est nul devient tout-à-coup alléchante.

Le rapport avec le “Patriot Act”

L’hébergement à l’externe nous fait immédiatement penser qu’on va encadrer notre fournisseur par un contrat qui garantit la confidentialité des données qui sont sous sa garde. Or, la plupart des entreprises qui offrent ce genre de services opèrent à partir des États-Unis et sont donc soumises aux lois et aux règlements du pays. En poursuivant dans la même veine, le Patriot Act, cette loi américaine qui a été adoptée en vitesse à la suite des attentats du 11 septembre 2001 et qui était destinée à protéger les États-Unis contre le terrorisme, a été révisée en 2006 de manière à rendre permanentes et générales certaines dispositions permettant (entre autres) à l’État d’accéder à toute information hébergée sur les serveurs d’un fournisseur de services Internet. Les mécanismes d’accès prévoient des “National Security Letters”, une sorte d’injonction sommaire obtenue sur la foi de soupçons (fondés ou non) qui permet au FBI, à la NSA ou à d’autres organismes d’enquête de mettre leur nez dans les données hébergées ou transitées chez ces fournisseurs Internet ou chez tout autre détenteur d’information écrite ou informatisée (allant même jusqu’aux bibliothèques !!!). Ces mécanismes prévoient de plus, de manière à préserver la sécurité de l’enquête en cours, l’interdiction au détenteur d’information ciblé par la lettre de sécurité de divulguer à ses clients qu’ils sont “sur écoute”. Nous savions tous que les courriels qui circulent sur Internet étaient interceptés et filtrés par la NSA, il semble cependant que ça va dans les faits un peu plus loin, surtout si on sait que plus de 30000 de ces lettres de sécurité sont émises annuellement depuis le 11 septembre!

Dans un tel contexte technologique et légal, il me semble évident que le “cloud computing”, s’il se popularise, deviendra la principale porte d’entrée de Big Brother dans les données informatiques des organisations et des individus. Les administrations publiques qui utiliseraient ce genre de service pour héberger des données nominatives ou tout autre type d’information exposeraient à coup sûr leurs données à l’oeil indiscret du Big Brother américain. À la limite, même des photographies aériennes pourraient être réquisitionnées par des agences américaines si elles jugent qu’elles peuvent être utiles afin d’y déceler des activités terroristes. Ajoutons enfin que tout ceci s’effectuera sans aucune trace d’effraction et que le client du service de “cloud computing” dormira sur ses deux oreilles en pensant que ses données sont en sécurité dans une salle d’ordinateurs sous haute sécurité et dotée de serveurs redondants et de systèmes de backups sans faille.

Ce genre de service met en cause la souveraineté même du Canada sur ses données puisque nos propres lois ne pourraient même plus nous protéger. Se soumettre à l’application des lois d’un autre pays, c’est un peu beaucoup abandonner notre souveraineté. Il y a matière à réflexion, n’est-ce pas? Le modèle d’affaires du “cloud computing” est encore jeune, j’imagine qu’il devra évoluer. La virtualisation des frontières légales entre les juridictions des états est un concept encore un peu nébuleux!

André Verville
parallaxe@averville.ca

Géodiffusion 2009, sous le signe du changement

2 Commentairess
chronique

La semaine dernière, j’ai assisté à la conférence Géodiffusion 2009 organisée par Korem à Québec. Cette conférence était sous le signe du changement pour plusieurs raisons. L’industrie logicielle des TRS est en pleine ébullition et les nombreux matchs en cours sont de plus en plus relevés.

Un peu d’oxygène pour Korem

Comme bien des gens le savent, Korem, qui était devenu le distributeur exclusif de MapInfo au Québec a dû se réajuster à la suite de l’acquisition de MapInfo par Pitney Bowes il y a deux ans maintenant. Le marché associé à MapInfo était devenu trop restreint pour assurer à Korem une continuité solide dans sa niche de géomatique d’affaires. Il ne fait aucun doute que malgré l’expansion généralisée des technologies à référence spatiale, les “petits” joueurs comme Pitney Bowes/MapInfo ont de la difficulté à tirer leur épingle du jeu, coinçés comme ils sont entre ESRI, Oracle, Google et la communauté Open Source. Personnellement, je ne comprends pas pourquoi Pitney Bowes n’a pas conservé au moins le nom de MapInfo comme entité autonome en la fusionnant avec d’autres divisions logicielles dans une nouvelle entité appelée “Business Insight”. Si quelqu’un veut soumettre un commentaire qui explique cette logique d’affaires qui m’apparaît suicidaire, j’en serais bien heureux.

La clientèle de Korem est particulière et très spéciale. Korem l’a constituée de longue lutte en faisant de la géomatique de manière différente et innovatrice. En s’associant avec une brochette élargie de fournisseurs de technologie, Korem devra se retrousser les manches parce que ce ne sera pas évident de maîtriser un tel assortiment de composantes technologiques. Je leur souhaite la meilleure des chances.

ESRI confirme sa position de leader

ESRI participait pour la première fois à la conférence, il s’agit d’un changement stratégique important pour les deux firmes autrefois en concurrence directe. Alex Miller, président d’ESRI Canada, était entouré d’une équipe importante qui avait cependant la victoire modeste, ce qui est tout à leur honneur. Il y a cependant beaucoup de pain sur la planche pour convaincre une clientèle autrefois réfractaire à leurs produits, puisque les raisons qui poussaient ces utilisateurs “business” à aller vers d’autres solutions qu’ESRI sont toujours là. Cette clientèle recherche avant tout des solutions simples et économiques, disons pour le moins que ces mots ne sont pas très courants dans le vocabulaire d’ESRI; le défi sera de taille.

Oracle renforce ses positions

Autre partenaire “poids lourd” de la conférence, Oracle renforce ses positions dans le secteur des technologies à référence spatiale (TRS) en offrant maintenant un plus grand éventail de produits à valeur ajoutée à son tandem Oracle Locator/Spatial. Cette stratégie lance cependant un message clair aux firmes qui s’étaient associées à Oracle Spatial (Intergraph, MapInfo, Autodesk): la fin de la récréation approche et Oracle ne compte pas vraiment leur laisser le champ libre à l’avenir. Encore une fois fidèle à elle-même, l’entreprise vise une clientèle de grande envergure et la complexité de son offre de produits n’a d’égal que le prix. L’acquisition récente de Sun Microsystems apporte beaucoup de bruit sur une ligne déjà surchargée et James Steiner d’Oracle ne s’essayait même pas à répondre aux questions de la salle relativement à la feuille de route associée à cette nouvelle “division”. Prise de contrôle de Java, OpenOffice et MySQL? Mais non voyons, c’est impossible puisque ce sont des logiciels ouverts! Les avocats des grandes firmes ne manquent certainement pas d’idées….

Google aussi fourbit ses armes

Probablement le plus grand gagnant des récentes années en géomatique d’affaires et peut-être même déjà le plus gros joueur, Google était aussi bien représenté. La configuration inhabituelle des produits et services de Google dans le domaine explique peut-être pourquoi MapInfo perd du terrain. S’i y a maintenant un environnement qui permet à des organisations d’avoir une présence géo-localisée sur le Net sans investir des millions, c’est bien Google Maps Enterprise. Le Ministère du tourisme en a fait une démonstration brillante avec son site Bonjour Québec, réalisé par Bell et Korem en utilisant l’API de Google. Il faut noter en passant que Tourisme Québec a malheureusement aussi démontré que le gouvernement du Québec est incapable de s’alimenter lui-même en fonds cartographiques et en toponymes.

Une guerre à trois?

À mon avis, le marché des TRS commerciales est présentement dominé par trois joueurs majeurs, ESRI, Oracle et Google. On pourrait ajouter le quatrième joueur que constitue la communauté Open Source, mais le sujet est trop vaste et important, je me le réserve pour un autre billet. Avec cette nouvelle récente de l’acquisition de Sun par Oracle, je ne vois cependant pas comment la petite planète ESRI pourra continuer d’orbiter autour d’Oracle sans s’y écraser à son tour, à plus forte raison maintenant qu’Oracle en contrôle maintenant le nom (Sun)! L’avenir nous dira si les fournisseurs de TRS commerciales finiront par se résumer à Oracle (métier) et Google (grand public) dans quelques années. Les paris sont ouverts mais ne gagez pas trop vite,  l’étoile Microsoft n’a pas dit son dernier mot…

André Verville
parallaxe@averville.ca