GIS/SIG ou le syndrôme du frigidaire

chronique

Quel est le rapport entre un SIG et un frigidaire?

frigidaire1Nos amis anglophones n’y vont pas par quatre chemins. Ils ont généralisé l’acronyme GIS (Geographic Information System) et l’utilisent à peu près à toutes les sauces, faut-il pour autant les suivre aveuglément? Le terme GIS ainsi que notre version française, le SIG (système d’information géographique) représentent tous les deux un concept un peu vieillot qu’il faudrait dépoussiérer. Nous pourrions aussi en profiter pour mettre de côté, à regret cependant, le bon vieux SIRS (système d’information à référence spatiale), le frère malheureux du SIG qui a toujours eu un problème identitaire parce que personne ne savait comment le prononcer, malgré sa nature plus rigoureuse.

Le concept du SIG remonte au temps où le traitement d’information géospatiales exigeait un système dédié à la tâche et distinct du reste des infrastructures matérielles et logicielles d’une organisation. Cette distinction en faisait un “système” dans le sens qu’il s’agissait d’un ensemble cohérent et intégré. Il me semble que comme le “Frigidaire”, qui était la première marque de commerce populaire de réfrigérateurs, le terme SIG s’est incrusté dans le vocabulaire collectif et qu’il soit difficile à déloger. En passant, saviez-vous que Frigidaire était à l’origine une marque de General Motors?

Aujourd’hui, la gestion de l’information géospatiale ou géo-localisée est modulaire et fait appel à un grand nombre de technologies matérielles et logicielles qui sont courantes dans le domaine plus général des technologies de l’information (TI). Nous utilisons des bases de données relationnelles, des serveurs Web et plein de composantes technologiques standardisées. Utiliser SIG pour parler d’un domaine de pratique, c’est transformer cette spécialité en objet, en limitant la compréhension éventuelle des néophythes. Le phénomène que nous désirons représenter aujourd’hui est plutôt celui de la référence spatiale, la caractéristique principale de l’information qui la distingue et l’enrichit. Dans notre domaine, nous faisons appel aux technologies de l’information, en nous concentrant sur la référence spatiale de cette information, ce sont donc des technologies à référence spatiale.

La géomatique quant à elle embrasse un domaine encore plus large qui englobe non seulement le volet TI mais aussi les techniques de mesure et de levés. Le terme a sa place dans notre vocabulaire et gagnerait à poursuivre sa percée du côté anglophone par le terme “geomatics”.

Voici donc le petit glossaire que je suggère:

Français Signification Anglais Signification Commentaires
SIG système d’information géographique GIS Geographic Information System L’assemblage physique et logiciel
TI technologies de l’information IT Information Technologies La discipline des technologies de l’information
TRS données à référence spatiale SRD Spatially Referenced Data
TRS technologies à référence spatiale SRT Spatial Reference Technologies La discipline des technologies à référence spatiale
Géomatique Geomatics La discipline de la mesure et de la représentation de la Terre par des moyens informatisés

André Verville
Géomatique Verville
parallaxe@averville.ca

Un (1) commentaire

  1. Bonjour André,

    Je suis d’accord avec avec ta vision globale. D’ailleurs, cela va dans le même sens que mes deux récentes publications sur le terme "géomatique" (origine, définition) où je distingue également "géomatique" de "SIG". En fait, la grande majorité des projets géomatiques n’utilisent même pas de SIG !

    Mes deux publications récentes apparaissent dans Geomatica vol.61, no.3, ainsi que dans la toute nouvelle Encyclopedia of Geographic Information Science (K. Kemp, editrice). Plus de détails sur mon site web.

    Enfin, il faut aussi penser à la confusion accrue avec les expressions "GIScience" et "Géospatiale". Les origines des nuances s’expliquent toujours, mais ces nuances sont parfois compréhensibles seulement aux spécialistes… et encore ! C’est comme en informatique: les concepts, la technologie et surtout le marketing évoluent tellement rapidement que le vocabulaire n’a pas le temps de se stabiliser ! La logique du marketing construit le vocabulaire beaucoup plus que la logique académique dans les domaines fortement technologiques.

    Malgré ceci, ce phénomène se retrouve dans presque tous les domaines, même parmi les plus anciens. Prenons par exemple les divergences d’opinion sur ce qu’est ou devrait être la géographie, l’agriculture, la foresterie et la médecine pour n’en nommer que quelques-uns. Les sciences évoluent, les moyens évoluent, et il en résulte une remise en question perpétuelle… et ça c’est stimulant !

    Salutations,

    Yvan

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