La semaine dernière, j’ai assisté à la conférence Géodiffusion 2009 organisée par Korem à Québec. Cette conférence était sous le signe du changement pour plusieurs raisons. L’industrie logicielle des TRS est en pleine ébullition et les nombreux matchs en cours sont de plus en plus relevés.
Un peu d’oxygène pour Korem
Comme bien des gens le savent, Korem, qui était devenu le distributeur exclusif de MapInfo au Québec a dû se réajuster à la suite de l’acquisition de MapInfo par Pitney Bowes il y a deux ans maintenant. Le marché associé à MapInfo était devenu trop restreint pour assurer à Korem une continuité solide dans sa niche de géomatique d’affaires. Il ne fait aucun doute que malgré l’expansion généralisée des technologies à référence spatiale, les “petits” joueurs comme Pitney Bowes/MapInfo ont de la difficulté à tirer leur épingle du jeu, coinçés comme ils sont entre ESRI, Oracle, Google et la communauté Open Source. Personnellement, je ne comprends pas pourquoi Pitney Bowes n’a pas conservé au moins le nom de MapInfo comme entité autonome en la fusionnant avec d’autres divisions logicielles dans une nouvelle entité appelée “Business Insight”. Si quelqu’un veut soumettre un commentaire qui explique cette logique d’affaires qui m’apparaît suicidaire, j’en serais bien heureux.
La clientèle de Korem est particulière et très spéciale. Korem l’a constituée de longue lutte en faisant de la géomatique de manière différente et innovatrice. En s’associant avec une brochette élargie de fournisseurs de technologie, Korem devra se retrousser les manches parce que ce ne sera pas évident de maîtriser un tel assortiment de composantes technologiques. Je leur souhaite la meilleure des chances.
ESRI confirme sa position de leader
ESRI participait pour la première fois à la conférence, il s’agit d’un changement stratégique important pour les deux firmes autrefois en concurrence directe. Alex Miller, président d’ESRI Canada, était entouré d’une équipe importante qui avait cependant la victoire modeste, ce qui est tout à leur honneur. Il y a cependant beaucoup de pain sur la planche pour convaincre une clientèle autrefois réfractaire à leurs produits, puisque les raisons qui poussaient ces utilisateurs “business” à aller vers d’autres solutions qu’ESRI sont toujours là. Cette clientèle recherche avant tout des solutions simples et économiques, disons pour le moins que ces mots ne sont pas très courants dans le vocabulaire d’ESRI; le défi sera de taille.
Oracle renforce ses positions
Autre partenaire “poids lourd” de la conférence, Oracle renforce ses positions dans le secteur des technologies à référence spatiale (TRS) en offrant maintenant un plus grand éventail de produits à valeur ajoutée à son tandem Oracle Locator/Spatial. Cette stratégie lance cependant un message clair aux firmes qui s’étaient associées à Oracle Spatial (Intergraph, MapInfo, Autodesk): la fin de la récréation approche et Oracle ne compte pas vraiment leur laisser le champ libre à l’avenir. Encore une fois fidèle à elle-même, l’entreprise vise une clientèle de grande envergure et la complexité de son offre de produits n’a d’égal que le prix. L’acquisition récente de Sun Microsystems apporte beaucoup de bruit sur une ligne déjà surchargée et James Steiner d’Oracle ne s’essayait même pas à répondre aux questions de la salle relativement à la feuille de route associée à cette nouvelle “division”. Prise de contrôle de Java, OpenOffice et MySQL? Mais non voyons, c’est impossible puisque ce sont des logiciels ouverts! Les avocats des grandes firmes ne manquent certainement pas d’idées….
Google aussi fourbit ses armes
Probablement le plus grand gagnant des récentes années en géomatique d’affaires et peut-être même déjà le plus gros joueur, Google était aussi bien représenté. La configuration inhabituelle des produits et services de Google dans le domaine explique peut-être pourquoi MapInfo perd du terrain. S’i y a maintenant un environnement qui permet à des organisations d’avoir une présence géo-localisée sur le Net sans investir des millions, c’est bien Google Maps Enterprise. Le Ministère du tourisme en a fait une démonstration brillante avec son site Bonjour Québec, réalisé par Bell et Korem en utilisant l’API de Google. Il faut noter en passant que Tourisme Québec a malheureusement aussi démontré que le gouvernement du Québec est incapable de s’alimenter lui-même en fonds cartographiques et en toponymes.
Une guerre à trois?
À mon avis, le marché des TRS commerciales est présentement dominé par trois joueurs majeurs, ESRI, Oracle et Google. On pourrait ajouter le quatrième joueur que constitue la communauté Open Source, mais le sujet est trop vaste et important, je me le réserve pour un autre billet. Avec cette nouvelle récente de l’acquisition de Sun par Oracle, je ne vois cependant pas comment la petite planète ESRI pourra continuer d’orbiter autour d’Oracle sans s’y écraser à son tour, à plus forte raison maintenant qu’Oracle en contrôle maintenant le nom (Sun)! L’avenir nous dira si les fournisseurs de TRS commerciales finiront par se résumer à Oracle (métier) et Google (grand public) dans quelques années. Les paris sont ouverts mais ne gagez pas trop vite, l’étoile Microsoft n’a pas dit son dernier mot…
André Verville
parallaxe@averville.ca

J’ai déjà hâte au billet sur la communauté OS…
Il y a même assez de matière pour en avoir plusieurs!