En ces temps de grippe porcine que nous devons maintenant identifier par un code postal (AH1N1), il semble que les TRS (technologies à référence spatiale) sont déjà affectées par un virus qui se mute fréquemment sous quatre formes distinctes. Pour être conformes à une nomenclature similaire, nous les appellerons TRS1 à TRS4. Attention, il y a de nouvelles mutations toujours possibles que nous nous ferons un devoir d’identifier en séquence au fur et à mesure de leur découverte, en espérant qu’on ne se rende jamais à TRS80! Notons en passant que bien que nous ne détenons pas de statistiques précises à cet égard, il semblerait que les deux premières souches (TRS1 et TRS2) aient été diagnostiquées plus fréquemment en milieu gouvernemental, alors que l’incidence de la troisième (TRS3) semble affecter davantage le secteur privé. La quatrième souche (TRS4) s’attaquerait apparemment aux deux groupes de manière aussi égale qu’importante. Voici une brève description de chacune de ces souches, ainsi que la manière d’en faire le diagnostic.
TRS1: (du latin metricus argumentaris) - La métrique argumentaire
Cette souche du virus affecte principalement les adultes qui participent fréquemment à des comités, où la proximité d’autres personnes infectées semble favoriser la transmission. La personne infectée rejette automatiquement tout argument d’un interlocuteur en l’accusant d’avancer des affirmations qui ne sont pas basées sur des données chiffrées ou des statistiques. Ce faisant, elle gagne du temps en retournant l’autre interlocuteur faire ses devoirs. Le besoin de chiffres afin d’étayer une démonstration est souvent utile, mais toujours coûteux en efforts et en temps, ce virus produit par conséquent des dommages économiques importants. Un gestionnaire en bonne santé peut quelquefois y être immunisé s’il sait accepter une argumentation basée sur la logique et le bon sens, sans qu’il soit nécessaire d’utiliser des chiffres pour en faire la démonstration. Il peut à l’occasion demander un estimé de certaines informations afin de leur attribuer un ordre de grandeur et la chose est tout à fait légitime. S’il a besoin de chiffres exacts, on peut immédiatement soupçonner qu’il pourrait être affecté par le virus.
TRS2: (du latin excellicus diabolis) - La démence du chiffrier
Cette variante du virus semble infecter les grands utilisateurs de la suite Office et est présentement sous enquête comme l’un des premiers cas de transfert de virus de l’ordinateur à l’humain. Il s’agit d’une sorte de macro-virus qui se cache dans le code exécutable du chiffrier Excel et dont les conditions d’activation sont encore inconnues. Un chiffrier Excel devient alors le vecteur idéal pour faire croire à une grande rigueur lorsque les paramètres qui y apparaissent ou la valeur qu’on leur attribue sont aléatoires. Le virus amène l’utilisateur infecté à y cacher les formules ésotériques d’une logique déficiente, de manière à ce que que le lecteur normal non infecté craigne de poser des questions, de peur de paraître ignare en matière de chiffriers.
TRS3: (du latin digitalis infinitae) - La décimale illimitée
Cette forme particulière du virus affecte de manière plus importante les populations jeunes et inexpérimentées, pensant bien faire et exceptionnellement bien équipés d’ordinateurs capables de générer des suites infinies de chiffres sans signification. Dire par exemple que la population du monde se situe à 6 778 127 515 personnes nous semble en effet résulter (1) de systèmes de recensement nationaux provenant d’un autre monde et (2) d’une stabilité inouïe des naissances et des décès. À moins de se doter d’instruments de mesure de précision ou de faire des statistiques à partir d’échantillons de très grande taille, il est rare que l’utilisation de plus de trois chiffres soit requise dans une représentation chiffrée. La personne qui est infectée vous fournira sans sourciller une suite de dix chiffres après la virgule décimale. Bien que l’incidence de cette maladie diminue avec l’âge, certaines personnes demeurent infectées pour la vie.
TRS4: (du latin minimus maximus negatio) - Le refus des ordres de grandeur
Cette souche très virulente dans le secteur des technologies de l’information affecte doublement la communauté géomatique au point où la presque totalité de ses membres en sont affectés. Nous savons tous que l’atome est immensément petit et l’univers est immensément grand mais le dire et le réaliser pleinement est impossible pour une personne infectée. Notre réalité de tous les jours se situe à quelque part à l’intérieur de ce spectre mais notre capacité de voir et toucher est limitée à seulement une petite portion de ce spectre que nous appelons notre zone de confort. Le monde des TI est rempli de préfixes, allant de “nano” à “peta” et rares sont les individus qui sont en mesure de déduire les phénomènes qui y sont associés en termes d’espace de stockage, de performance, de temps ou de coûts. Le monde de la géomatique est affecté doublement à cause des rapports d’échelle entre les différentes représentation du territoire qui font que les personnes infectées sont incapables d’évaluer correctement les coûts d’une nouvelle implantation parce qu’ils ont un blocage cérébral qui les empêche d’accepter les chiffres résultant de calculs pourtant exacts. Citons en exemple un cas où une personne infectée insistait pour transférer 1000 photos aériennes de 1 giga-octets par Internet, alors qu’à une vitesse respectable de 1mbps, ce transfert prendra 115 jours!
En conclusion, j’inviterais le lecteur à être très prudent afin d’éviter d’être infecté. La connaissance de leur existence semble pour l’instant le seul vaccin efficace.
Soyez prudents avec les chiffres!
André Verville
Géomatique Verville
parallaxe@averville.ca
