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Nous avons vu dans les trois premiers billets de cette série qu’en matière d’information géospatiale, nos gouvernements sont déchirés entre leurs propres besoins et ceux de la communauté, dans un contexte où les paramètres de l’équation varient plus vite que leur capacité d’adaptation. Puisque les changements sont si rapides, je ne vois pas d’autre approche que de prendre un peu de distance et d’étudier les tendances dans un contexte historique.
Les gouvernements ont toujours été les plus grands consommateurs de données géospatiales, ils en ont aussi été les plus grands producteurs, c’était normal puisqu’ils devaient tout d’abord répondre à leurs propres besoins. Historiquement, cette dualité leur a permis d’opérer presque en circuit fermé. Il y a 50 ans, la production de cartes était dans bien des pays une activité militaire (d’où le nom “Ordnance Survey” en Grande-Bretagne, par exemple) et certains pays comme l’URSS ne diffusaient même pas les cartes topographiques de leur territoire. Les dernières décennies ont connu la prise en charge “civile” des activités de cartographie et de représentation du territoire et le transfert aux administrations publiques des responsabilités afférentes. L’information géographique était devenue beaucoup trop importante dans les activités quotidiennes des entreprises et des citoyens pour demeurer l’apanage des militaires et à mesure que les organisations civiles étaient elles aussi capables de procéder à leurs propres levés topographiques, les militaires n’étaient plus en mesure de conserver le secret plus longtemps.
Nous vivons actuellement une période de transition et la commercialisation des DRS publiques par les États constitue un mélange des genres qui ne pourra pas perdurer puisqu’il est en équilibre instable. Lorsque les gouvernements gèrent des opérations commerciales, ces opérations doivent être protégées par des lois pour pouvoir se prolonger dans le temps. En l’absence de monopoles protégés par la législation, l’entreprise privée est généralement en mesure de répondre plus efficacement aux besoins de la société. La démonstration que cet équilibre instable est sur le point d’être brisé est l’apparition récente des services globaux de cartographie comme Google Maps et Google Earth, qui constituent un important jalon dans cette évolution. Aujourd’hui, l’information géographique est non seulement utile, mais elle est omniprésente et c’est l’entreprise privée qui est le mieux positionnée pour répondre à ce besoin d’omniprésence. Il y aura dans le futur de moins en moins de raisons pour nos gouvernements d’être actifs dans le secteur. La preuve en est que même des organismes publics s’abonnent aujourd’hui aux sources privées d’information géographique (voir BonjourQuébec.com, mon billet du 18 mai qui y faisait référence et la capture d’écran qui figure au début de ce billet). Ce qui est aujourd’hui l’exception deviendra un jour la règle.
Les cinquante prochaines années verront selon moi le retrait graduel des gouvernements dans l’acquisition et la diffusion d’information géographique. Les données qu’ils possèdent vont devenir périmées à court ou moyen terme et seront remplacées petit à petit par de nouvelles sources en provenance du secteur privé. Les gouvernements, tout en se retirant des activités de production, demeureront actifs dans la normalisation, l’assurance-qualité et la certification. En tant que clients importants pour cette information géographique, ils demeureront aussi les plus grands créateurs de demande pour certains produits. Ils n’auront finalement jamais été en mesure de rentabiliser la poursuite de leurs activités dans le secteur puisqu’ils n’auront pas pu justifier de monopole par l’entremise de lois (comme pour la SAQ et Loto-Québec: protection contre l’ingérence du crime organisé) ou du secret militaire.
Avec la situation privilégiée qu’ils ont pour constater l’importance du secteur privé et les tendances qui en découlent, les américains ont seulement compris avant nous!
André Verville
Géomatique Verville
parallaxe@averville.ca
