De l’utilisateur payeur à l’utilisateur contributeur

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chronique

Bip-bipLes changements du monde moderne sont difficiles à anticiper. S’y adapter l’est encore plus. L’humain a besoin de références, de balises, de phares pour naviguer dans cet environnement. Si ces références sont fixes, il pourra s’orienter correctement. Si elles se déplacent et changent constamment de forme, l’orientation devient impossible. À mon avis, plutôt que de fournir les références, l’État tente lui aussi de naviguer en déplaçant constamment ses propres balises. Cette situation crée de la confusion, personne n’y gagne. Le pire, c’est que je crois qu’il reviendra éventuellement à son point de départ. Je m’explique.

Comme je le mentionnais dans mon billet du 20 juillet dernier, le quatrième d’une série portant sur les DRS (données à référence spatiales) publiques, les gouvernements sont devenus accros au financement provenant des utilisateurs: c’est le principe de l’utilisateur payeur. Il faut comprendre que dans un contexte de vieillissement de la population, aucun moyen n’est épargné pour alimenter en précieux dollars notre système de santé qui est dans une phase de croissance sans précédent dans l’histoire. Pas d’argent pour les DRS, on fait payer les utilisateurs.

Attention cependant: le concept de l’utilisateur payeur pour tout ce qui est intangible, reproductible et ne requiert pas ou peu de procédés industriels directs de fabrication est malheureusement en voie de disparition. Les médias écrits et électroniques sont en crise, les producteurs de disques et de films s’arrachent les cheveux pour tenter d’éviter la piraterie de leurs produits. Est-ce que la situation va s’améliorer et se régler d’elle-même? J’en doute. En microéconomique, la valeur d’un bien ou d’un service est déterminée par son coût de remplacement, pas par son coût de fabrication. Tous les artifices qu’on utilise pour déjouer cette règle ont un effet mitigé et limité dans le temps. Il faut donc trouver des mécanismes qui exploitent la valeur réelle du coût de remplacement. Comme ce coût est minime, on doit donc parler de contribution et non plus de paiement. La beauté des choses, c’est que la contribution a beaucoup plus de chances d’être faite volontairement et sans contrainte et ceci, par le plus grand nombre.

Vous voulez un exemple? Super Écran. Pour environ 15$ par mois, vous avez accès à plus d’une centaine de films par mois, projetés sur 4 chaînes en continu 24 heures par jour. J’appelle ça une contribution: le grand nombre d’utilisateurs génère des montants substantiels. Le coût de remplacement tend vers zéro: si je regarde un film, ça ne coûte rien à personne.

Les DRS vont à l’avenir tendre vers un modèle similaire: montants d’acquisition importants (satellites, levés aéroportés, etc), grand bassin de contributeurs pour assurer leur financement. Dans certains cas comme pour OpenStreetMap, les contributions se sont en espèce: ce sont les utilisateurs eux-même qui assurent le chargement et la tenue à jour des données, toujours par des contributions qui, parce qu’elles sont nombreuses, suffisent amplement. Ça aussi, c’est un modèle d’avenir.

Le paradoxe dans cette histoire, c’est que le modèle le plus parfait de l’utilisateur contributeur, c’est celui du “contribuable”, qui est en quelque sorte le “contributeur universel”, avec un bémol cependant: il y est contraint par la loi de l’impôt. Disons que pour l’instant, ce type de contribution sert plus à financer les soins de santé que l’acquisition des DRS. Le concept de l’utilisateur payeur serait-il une mode passagère dans toute cette histoire?

André Verville
parallaxe@averville.ca

“Wake-up call” à Géomatique 2009

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chronique

Géomatique 2009La “grande messe” de la géomatique au Québec est maintenant chose du passé. Bien qu’il n’y ait pas eu à ma connaissance de thème officiel comme on avait l’habitude de le faire, j’ai compris un message qui se distinguait haut et fort de la part des conférenciers clés en plénière et en dîners-causerie: le monde change: adaptez-vous!

OpenStreetMap: le pouvoir aux utilisateurs

La conférence d’ouverture de Steve Coast, fondateur de l’OpenStreetMap Foundation nous amène à penser que Google Maps est peut-être déjà dépassé. Le modèle d’affaires de Google, basé sur une cartographie dite “propriétaire” est bien sûr très intéressant à cause de la gratuité qu’il procure à la communauté des utilisateurs mais il faut comprendre que derrière cette apparente gratuité, il y a un modèle commercial et publicitaire qui fait que quelqu’un quelque part ramasse la facture. OpenStreetMap met en scène un volet plus noble de l’humanité: la volonté des individus de contribuer à l’avancement de la connaissance, sans demander rien en retour. Le résultat est impressionnant: l’armée de “micro-contributeurs” de OpenStreetMap est entrain de surpasser les grandes entreprises comme TeleAtlas et NavTeq pour la qualité et le détail des contenus cartographiques des réseaux routiers dans le monde. On pourra facilement dire que ce n’est pas le cas partout actuellement, toujours est-il que la machine est lancée et que ce n’est qu’une question de temps avant que les produits commerciaux ne disparaissent de la surface du globe et que la connaissance du territoire ne soit prise en mains par les utilisateurs eux-mêmes. Ceci suscite d’ailleurs toute une réflexion qui fera l’objet d’un autre billet que je compte bien écrire et dont le titre est pas mal clair: “De l’utilisateur payeur à l’utilisateur contributeur”.

Le Web 2.0 et la suite

La conférence de Michelle Blanc a aussi été tout un choc pour plusieurs. On peut dire qu’elle n’a pas mâché ses mots pour faire comprendre à l’auditoire que les jeunes de la génération C avaient compris quelque chose qui échappait encore aux “vieux” dont je fais partie. L’expérience que nous avons tendance à promouvoir à toutes les sauces est devenue presque une nuisance dans l’adaptation nécessaire aux changements rapides de notre société. Le Web 2.0, basé sur des principes de collaboration et de réseaux d’échanges et qui apparaît encore pour plusieurs un peu nébuleux et inutile pour plusieurs d’entre nous, n’est qu’une étape dans l’évolution de notre société. Réveillez-vous, dit Mme Blanc: les jeunes qui utilisent les nouvelles technologies à fond sont entrain de vous laisser derrière dans un nuage de poussière. Vous ne les aurez pas vus venir, convaincus que vous êtes de détenir la vérité.

Donnez et vous recevrez

Le dernier coup et non le moindre est venu de Pierre Lavoie, ce tri-athlète de Saguenay qui s’est impliqué à fond dans la lutte aux maladies héréditaires, en particulier à celle contre l’acidose lactique qui a tué deux de ses enfants. Son message humaniste tranchait un peu avec le “mood” général d’une conférence comme Géomatique 2009 mais il me semblait d’une pertinence phénoménale dans le contexte. Si je peux tenter une interprétation peut-être malhabile et certainement incomplète de son message, disons qu’il nous fait la leçon en nous disant que nous ne devons jamais nous contenter de notre zone de confort: il faut en sortir afin d’obtenir des résultats. Les résultats seront aussi à la mesure du nombre de micro-contributions individuelles d’un grand nombre, rejoignant ainsi sans le savoir le message de Steve Coast de OpenStreetMap.

Ouf: j’entends encore l’écho du clairon qui sonnait le réveil. J’espère que notre communauté saura en tirer les leçons et travailler de concert. La connaissance du territoire est une cause noble qui est devenue non seulement utile, mais essentielle à la création d’un monde meilleur. Chapeau aux organisateurs de Géomatique 2009: l’événement m’a permis plus qu’une mise à jour de mes contacts et des nombreuses réalisations dans le domaine de la géomatique, il m’a donné une plus grande motivation à poursuivre dans mon humble contribution que constitue la Chronique de la Parallaxe.

André Verville
parallaxe@averville.ca