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WhereCamp de Québec, un vent de tempête ou de changement?

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Par ce mardi d’allure de tempête de neige sur Québec, j’ai traversé le fleuve une autre fois pour assister et participer au WhereCamp qui se tenait au restaurant/salle de spectacle Le Cercle de la rue St-Joseph à Québec.

Pas de salade des fournisseurs de logiciels, pas de démo sinon pour illustrer des problématiques, pas d’ordre du jour non plus: il faut dire que c’est un peu déstabilisant mais la formule a un petit quelque chose d’informel qui est rafraîchissant. Merci à Luc Vaillancourt pour son initiative et son sens de l’organisation.

On y a discuté de tout et de rien, du Cloud Computing, de l’utilité de s’auto-géo-localiser en temps réel, des logiciels Open Source, des données Open Source comme Open Street Map et comme il se doit de l’incontournable sujet de toutes les discussions en géomatique au Québec: la disponibilité réduite et onéreuse des DRS publiques. Mettons que sur ce dernier sujet, je considère que j’ai dit ce que j’avais à dire dans les autres articles de ce blogue. Luc aurait peut-être aimé que je prenne le micro et que j’en rajoute mais je me suis fait assez haïr depuis 30 ans et j’ai peur de radoter.

Ce qui retient le plus mon attention, c’est qu’un nouveau modèle dans lequel la géomatique n’est plus une fin en soi, mais plutôt une valeur ajoutée aux technologies de l’information en général, est entrain de se consolider. Le monde change: les grandes firmes spécialisées en géomatique/acquisition de données en arrachent comme le démontre la faillite récente du Groupe Alta (était-ce “le dernier des Mohicans”?). Le futur est dans des créneaux de valeur ajoutée bien plus que dans des solutions de base. L’acquisition des données est de plus en plus facile, on n’a plus besoin d’être un expert pour localiser quelque chose à +/- 5m à la surface du globe aujourd’hui et à 5cm demain. Bon, il reste toujours des technologies de pointe comme l’imagerie satellitaire ou les levés Lidar mais le volume n’y est pas, les coûts élevés et la compétition féroce.

Par ailleurs, les firmes et les organismes qui misent sur des actifs communs du domaine public, sur lesquels on construit de la valeur ajoutée, me semblent avoir le vent dans les voiles. Le MSP (Ministère de la Sécurité publique) est de ceux-là, c’est un visionnaire mais je trouve qu’il est bien seul en avant des autres.

Plusieurs des discussions, même lors du 5 à 7 qui a suivi, portaient sur la possibilité pour une personne ou une entreprise de générer des revenus en travaillant sur des plate-formes, logiciels et données gratuites. Le modèle d’affaires ne saute pas aux yeux, on passe d’une société de production et fabrication de biens tangibles à une société de services à valeur ajoutée, non pas que les biens tangibles n’existent plus, mais plutôt parce qu’ils sont devenus des commodités généralement produites en Chine (tous les Mac Mini “Designed in California by Apple” du projet Cloople sont partis de Hong Kong en Chine pour être livrés à ma résidence). Le monde est en voie de se séparer en deux parties: les chinois produisent les biens, les occidentaux s’occupent de les concevoir, de les distribuer et de fournir les services qui y sont associés. Il faut se faire à l’idée que les services vont prendre de plus en plus de place. Paradoxalement les grandes firmes en TI qui l’ont compris depuis longtemps durant les cycles de dépréciation des équipements informatiques ont elles aussi de la difficulté à passer à l’étape suivante, celle où les logiciels et les données aussi sont devenus des ressources à bas coût, sinon gratuites. Vous protestez déjà que ce ne sont pas les chinois qui produisent les logiciels libres? C’est vrai, c’est plutôt une armée de bénévoles, dans une sorte de socialisme à la moderne. Dans la société socialiste traditionnelle, un travailleur était socialiste (forcé) au travail et capitaliste dans ses temps libres. L’évolution du logiciel libre nous démontre que ça marche assez bien lorsqu’on est capitaliste au travail et socialiste dans nos temps libres…

En parlant du “dernier des Mohicans”, je ne vais pas manquer la soirée de renaissance de Aéro-Photo qui aura lieu à Québec le 6 avril prochain, mettons que ce sera une bonne opportunité de lier à nouveau avec la régularité dans la Chronique de la parallaxe.

À la prochaine.

Les DRS gouvernementales (partie 4), dans un contexte historique

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Nous avons vu dans les trois premiers billets de cette série qu’en matière d’information géospatiale, nos gouvernements sont déchirés entre leurs propres besoins et ceux de la communauté, dans un contexte où les paramètres de l’équation varient plus vite que leur capacité d’adaptation. Puisque les changements sont si rapides, je ne vois pas d’autre approche que de prendre un peu de distance et d’étudier les tendances dans un contexte historique.

Les gouvernements ont toujours été les plus grands consommateurs de données géospatiales, ils en ont aussi été les plus grands producteurs, c’était normal puisqu’ils devaient tout d’abord répondre à leurs propres besoins. Historiquement, cette dualité leur a permis d’opérer presque en circuit fermé. Il y a 50 ans, la production de cartes était dans bien des pays une activité militaire (d’où le nom “Ordnance Survey” en Grande-Bretagne, par exemple) et certains pays comme l’URSS ne diffusaient même pas les cartes topographiques de leur territoire. Les dernières décennies ont connu la prise en charge “civile” des activités de cartographie et de représentation du territoire et le transfert aux administrations publiques des responsabilités afférentes. L’information géographique était devenue beaucoup trop importante dans les activités quotidiennes des entreprises et des citoyens pour demeurer l’apanage des militaires et à mesure que les organisations civiles étaient elles aussi capables de procéder à leurs propres levés topographiques, les militaires n’étaient plus en mesure de conserver le secret plus longtemps.

Nous vivons actuellement une période de transition et la commercialisation des DRS publiques par les États constitue un mélange des genres qui ne pourra pas perdurer puisqu’il est en équilibre instable. Lorsque les gouvernements gèrent des opérations commerciales, ces opérations doivent être protégées par des lois pour pouvoir se prolonger dans le temps. En l’absence de monopoles protégés par la législation, l’entreprise privée est généralement en mesure de répondre plus efficacement aux besoins de la société. La démonstration que cet équilibre instable est sur le point d’être brisé est l’apparition récente des services globaux de cartographie comme Google Maps et Google Earth, qui constituent un important jalon dans cette évolution. Aujourd’hui, l’information géographique est non seulement utile, mais elle est omniprésente et c’est l’entreprise privée qui est le mieux positionnée pour répondre à ce besoin d’omniprésence. Il y aura dans le futur de moins en moins de raisons pour nos gouvernements d’être actifs dans le secteur. La preuve en est que même des organismes publics s’abonnent aujourd’hui aux sources privées d’information géographique (voir BonjourQuébec.com, mon billet du 18 mai qui y faisait référence et la capture d’écran qui figure au début de ce billet). Ce qui est aujourd’hui l’exception deviendra un jour la règle.

Les cinquante prochaines années verront selon moi le retrait graduel des gouvernements dans l’acquisition et la diffusion d’information géographique. Les données qu’ils possèdent vont devenir périmées à court ou moyen terme et seront remplacées petit à petit par de nouvelles sources en provenance du secteur privé. Les gouvernements, tout en se retirant des activités de production, demeureront actifs dans la normalisation, l’assurance-qualité et la certification. En tant que clients importants pour cette information géographique, ils demeureront aussi les plus grands créateurs de demande pour certains produits. Ils n’auront finalement jamais été en mesure de rentabiliser la poursuite de leurs activités dans le secteur puisqu’ils n’auront pas pu justifier de monopole par l’entremise de lois (comme pour la SAQ et Loto-Québec: protection contre l’ingérence du crime organisé) ou du secret militaire.

Avec la situation privilégiée qu’ils ont pour constater l’importance du secteur privé et les tendances qui en découlent, les américains ont seulement compris avant nous!

André Verville
Géomatique Verville
parallaxe@averville.ca